Les tragiques
(Adapté du Discours des Miseres de ce temps de Ronsard, 1563) Aux siecles advenir je dois conté la peine, Et l'extreme malheur dont nostre France est pleine. Que ses propres enfants l'ont prise & devestue, Jusques à la mort vilainement batue. Qui contre l'estomaq luy tendent la main armée D'avarice cruelle & de sang affamée Le bat et le tourmente, & d'une dague essaie De lui chasser du corps l'âme par une plaie Puis en la voyant morte ils se rient de ses coups. Et la laisse manger aux mâtins & aux loups. Vous ressemblez encor à ces jeunes viperes, Qui ouvrent en naissant le ventre de leurs meres, Or ceux qui se vantent d'être les vrais enfants de Dieu, En la dextre ont le glaive, et dans l'autre le feu. Partout où ils frappent et enragent, Volent les temples saints et les villes sacagent Ainsi en avortant vous avés fait mourir La France vostre mere, en lieu de la nourrir.
Submitted by MetalElf — Jul 05, 2026
(Adapté du Discours des Misères de ce temps de Ronsard, 1563) Apellés vous Athée La personne qui point n'a de son cœur ostée La foy de ses ayeux ? qui ne trouble les loix De son pays natal, les peuples ny les Roys ? Apellés vous Athée, un homme qui mesprise Vos songes contrefais, les monstres de l'Eglise? Qui croit en un seul Dieu, qui croit au sainct Esprit, Qui croit de tout son cœur au sauveur Jesus christ ? Apellés vous Athée un homme qui deteste Et vous et vos erreurs comme infernalle peste ?
Submitted by MetalElf — Jul 05, 2026
D’après Maurice Roya (1er mars 1562) La ville était ovale, de l'église vers la Blaise encerclée de murs percés de quelques portes toutes munies de fossé, tourelles et pont-levis. Les protestants tenaient réunion en une grange toute proche de l'église Les cavaliers du Duc tirèrent deux coups de fusil Enfoncèrent la porte en levant leurs épées Ils hurlaient Tue, tue, mort-dieu, tue ces huguenots! En qui crois-tu ? En Jésus-Christ. L'éventrement fut le prix de cette réponse Le Massacre commença Les piétinements dans les flaques de sang éclaboussaient de crachats rouges les murs et les visages La duchesse de Guise, aux cris des femmes enceintes Fit prier qu’on cessa cette persécution Cinquante cadavres jonchaient le sol Les blessés s’étaient roulés sous la paille Dans les coins, faisant les morts
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Agrippa d'Aubigné, I, Misères, v. 211 - 243 (24 août 1572) L'homme est en proie à l'homme, un loup à son pareil; Le père étrangle au lit le fils, et le cercueil Préparé par le fils sollicite le père; Le frère avant le temps hérite de son frère. On trouve des moyens, des crimes tout nouveaux, Des poisons inconnus, ou de sanglants couteaux Une croix bourguignonne épouvantait nos pères, Le blanc les fait trembler, les tremblantes mères Croulent à l'estomac leurs poupons éperdus Quand les grondants tambours sont battants entendus. Et les meurtres publics ont le nom de justice (bis) Injustice L'honorable bourgeois, l'exemple de sa ville, Souffre devant ses yeux, violées femmes et filles L'injustice est principe de droit; comme un monde à l'envers Le vieil père est fouetté de son enfant pervers.
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(Adapté du Discours des Miseres de ce temps de Ronsard, 1563) Aux siecles advenir je dois conté la peine, Et l'extreme malheur dont nostre France est pleine. Que ses propres enfants l'ont prise & devestue, Jusques à la mort vilainement batue. Qui contre l'estomaq luy tendent la main armée D'avarice cruelle & de sang affamée Le bat et le tourmente, & d'une dague essaie De lui chasser du corps l'âme par une plaie Puis en la voyant morte ils se rient de ses coups. Et la laisse manger aux mâtins & aux loups. Vous ressemblez encor à ces jeunes viperes, Qui ouvrent en naissant le ventre de leurs meres, Or ceux qui se vantent d'être les vrais enfants de Dieu, En la dextre ont le glaive, et dans l'autre le feu. Partout où ils frappent et enragent, Volent les temples saints et les villes sacagent Ainsi en avortant vous avés fait mourir La France vostre mere, en lieu de la nourrir.
Submitted by MetalElf — Jul 05, 2026
(D’après un récit d’Adolphe de Pontécoulant, 1820) On vit se former des pelotons de gens armés Tous religionnaires Aux armes! Tue les papistes! Monde nouveau! La ville n’était plus qu’une image de terreur et de désolation Les pleurs des enfants les lamentations des femmes n’étaient d’aucun effet sur ces bourreaux Le peuple ne respirait que le sang et le carnage À l’évêché survint la tuerie Les corps furent jetés dans un puits Il en fut presque comblé Débordant de sang Nombre de ceux qu’on y précipitait N’était qu’à demi égorgés Percés par les lances et les dagues On y entendait sourdre les gémissements On pouvait ouïr ces voix mourantes C’était pitié d’entendre Les cris étouffés des malheureux Assassinés et noyés à la fois On donna nom à cette source Le Puis de Malamort
Submitted by MetalElf — Jul 05, 2026