Orphelins de l'Acadie
Ave maris stella, Dei mater alma, Atque semper virgo, Felix coeli porta. Sumens illud Ave Gabrielis ore, Funda nos in pace, Mutans Hevae nomen. Solve vincla reis, Profer lumen caecis, Mala nostra pelle, Bona cuncta posce. Monstra te esse matrem, Sumat per te preces, Qui pro nobis natus, Tulit esse tuus. Virgo singularis, Inter omnes mitis, Nos culpis solutos Mites fac et castos. Vitam praesta puram, Iter para tutum, Ut videntes Jesum, Semper collaetemur. Sit laus Deo Patri, Summo Christo decus, Spiritui Sancto, Tribus honor unus. Réveille, réveille, C’est les goddams qui viennent, Voler la récolte. Réveille, réveille, Hommes acadiens, Pour sauver le village. Mon grand-grand-grand père Est venu de Picardie, Le sang de ma famille Est mouillée l'Acadie. Et là les maudits viennent Nous chasser comme des bêtes, Détruire les familles, Nous jeter tous au vent. Réveille, réveille, C'est les goddams qui viennent, Voler la récolte. Réveille, réveille, Hommes acadiens, Pour sauver le village. J'ai entendu parler De monter avec Beausoleil. Pour prendre le fusil Battre les sacrés maudits. J'ai entendu parlé D'aller dans l’Acadie Pour trouver de la bonne paix Là-bas dans l’Acadie. Réveille, réveille, see'est les goddams qui viennent, Voler la récolte. Réveille, réveille, Hommes acadiens, Pour sauver le village. J'ai vu mon pauvre père. Il était fait prisonnier. Pendant que ma mère, ma chère mère Elle braillait. J'ai vu ma belle maison Était mise aux flammes, Et moi je suis resté orphelin, Orphelin de l'Acadie. La maudite, la maudite, oh la maudite guerre… Écoutez-moi bien, jeunes gens Partez jamais à la guerre J’ai perdu mon père, perdu ma famille Ma terre est toute ruinée À cause de la maudite, la maudite, oh la maudite guerre -I. Ave Maris Stella -II. Réveille, Zachary Richard, 1976 -III. La Maudite Guerre, Zachary Richard, 1973
Submitted by NecroGod — Jun 22, 2026
Faut-il abandonner les beautez de ce lieu, Et dire au Port Royal un eternel Adieu? Serons-nous donc toujours accusez d'inconstance En l'établissement d'une Nouvelle-France? Père de l'univers, qui commandes aux ondes, Et qui peux assecher les mers les plus profondes, Donne nous de franchir les abymes des eaux Dont tu as separé tous ces peuples nouveaux Des peuples baptizés, & sans aucun naufrage Du royaume François voir bien-tot le rivage. Adieu donc beaux coteaux & montagnes aussi, Qui d'un double rempar ceignez ce Port ici. Adieu vallons herbus que le flot de Neptune Va baignant largement deux fois à chaque lune, Tes rives sont des rocs, soit pour tes batimens, Soit pour d'une cité jetter les fondemens. Ce sont en autres parts une menuë arene, Où mille fois le jour mon esprit se pourmene. Si-tot que du Printemps la saison renouvelle L'Eplan vient à foison, qui t'apporte nouvelle Que Phoebus elevé dessus ton horizon A chassé loin de toy l'hivernale saison. Tairay-je la Moruë heureusement feconde, Qui par tout cette mer en toutes parts abonde? Moruë si tu n'es de ces mets delicats Dont les hommes frians assaisonnent leurs plats, Belle ile tu as donc à foison cette manne, Laquelle j'ayme mieux que de la Taprobane Les beautez que lon feint dignes des bien-heureux Qui vont buvans des Dieux le Nectar savoureux. Mais tous ces animaux, mais tous ces peuples ci S'écartent quand Phoebus veut approcher la borne Du celeste manoir, où git le Capricorne, Et vont chercher l'abri du profond de Thetys, Adieu donc je te dis, ile de beauté pleine, Et vous oiseaux aussi des eaux & des forêts Qui serez les témoins de mes tristes regrets. Car c'est à grand regret, & je ne le puis taire, Que je quitte ce lieu, quoy qu'assez solitaire. Car c'est à grand regret qu'ores ici je voy Ebranlé le sujet d'y entrer nôtre Foy, Et du grand Dieu le nom caché souz le silence, Qui à ce peuple avoit touché la conscience. Aigles qui des hauts pins habitez les sommets, Puis qu'à vous Jupiter a commis ses secrets, Allez dedans les cieux annoncer cette chose, Et combien de douleur j'en ay en l'ame enclose, Adieu pour un dernier Rochers haut elevés, Qui orgueilleusement voz grottes soulevés, D'où distillent sans fin des pluies abondantes Que leur versent les eaux des montagnes coulantes. Adieu doncques aussi Grottes qui m'avez pleu Quand souz votre lambris au clair du jour j'ay veu Figurées d'Iris les couleurs agreables. Ile, je te saluë, ile de Saincte Croix, Ile premier sejour de noz pauvres François, Qui souffrirent chez toy des choses vrayment dures, Mais noz vices souvent nous causent ces injures. Mais j'honore sur tout à-cause de noz morts Le lieu qui sainctement tient en depost leurs corps, Lequel je n'ay pu voir sans un effort de larmes, Tant mon navré le coeur ces violentes armes. Cherchant dessus Neptune un repos sans repos J'ay façonné ces vers au branle de ses flots. -Les Muses de la Nouvelle-France, Marc Lescarbot, 30 Juillet 1607
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
Salut, vieille forêt! Noyés dans la pénombre Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre Tes sapins résineux et tes cèdres altiers Qui se bercent au vent sur le bord des sentiers Jetant, à chaque brise, une plainte sauvage. Ressemblant aux chanteurs qu'entendit un autre âge, Aux Druides anciens dont la lugubre voix S'élevait prophétique au fond d'immenses bois! Et l'océan plaintif vers ses rives brumeuses S'avance en agitant ses vagues écumeuses. Et de profonds soupirs s'élèvent de ses flots Pour répondre, ô forêt, à tes tristes sanglots! A l'horizon de flamme un point sombre, un nuage, Portant dans son flanc noir le tonnerre et l'orage, Adieu! vieille forêt! Noyés dans la pénombre Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre, Tes sapins résineux et tes cèdres altiers Se balancent encor sur le bord des sentiers; Mais loin de leur ombrage et de leur vertes ailes, Dans le même tombeau, les deux amants fidèles Dont les afflictions et les maux sont finis, Reposent, côte à côte, à jamais réunis! Adieu! vieille forêt! Noyés dans la pénombre Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre Tes sapins résineux et tes cèdres altiers Se balancent encore sur le bord des sentiers; Mais sous leur frais ombrage et sous leur vaste dôme, On entend murmurer un étrange idiome! On voit jouer, hélas! les fils d'un étranger!... Seulement, sur les rocs que le flot vient ronger, Et sur les bords déserts du sonore Atlantique On voit, de place en place, un paysan rustique. C'est un pauvre Acadien dont le plaintif aïeul Ne voulut pas avoir, pour sépulcre ou linceul, La terre de l'exil si lourde et si fatale. Et qui revint mourir à sa rive natale! Et l'Océan plaintif vers ses rives brumeuses S'avance en agitant ses vagues écumeuses; Et de profonds soupirs s'élèvent de ses flots Comme pour se mêler au bruit de leurs sanglots! -Évangéline, Henry Longfellow, 1847 -Traduction par Pamphile Le May, 1870
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
On entendit sonner la cloche de la tour; On entendit le bruit du sonore tambour. Et l'église aussitôt se remplit toute entière. Tremblant pour leurs époux, au fond du cimetière, Les femmes du village, en foule et tristement, Attendirent la fin de cet événement. Elles se cramponnaient aux angles de la pierre, Aux saules qui des morts protégeaient la poussière, Pour voir dans la chapelle à travers les vitraux, Avec un air d'orgueil, marchant à pas égaux, Les soldats, deux à deux, des vaisseaux descendirent Te tout droit à l'église à grands pas se rendirent. Au son de leurs tambours de sinistres échos Du temple profané troublèrent le repos. Un long frémissement s'empara de la foule Qui bondit comme un flot que la tempête roule. La porte fut fermée avec des gros verrous. Des féroces soldats redoutant le courroux «Vous êtes en ce jour tous assemblés ici «Comme l'a décrété Sa Majesté chrétienne, «Honnêtes habitants de la terre Acadienne: «Paysans, il me reste un devoir à remplir, «Je viens pour confisquer, au nom de la couronne, «Vos maisons et vos biens avec tous vos troupeaux. «Vous serez transportés à bord de nos vaisseaux, «Vous êtes prisonniers au nom du Souverain.» Le ciel vomit la flamme: et la pluie et la grêle Sous leurs fouets crépitants brisent l'arbuste frêle, Ils courbèrent le front sous le poids du malheur; Ils restèrent muets de peine et de terreur. Mais bien vite au penser de ce sanglant outrage, S'alluma dans leur âme une bouillante rage: «A bas ces fiers Anglais! Ils ne sont pas nos maîtres! «A bas! ces étrangers! ces perfides! ces traîtres «Qui viennent en brigands détruire nos moissons! «Qui veulent nous chasser pour piller nos maisons!» -Évangéline, Henry Longfellow, 1847 -Traduction par Pamphile Le May, 1870
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
Naviguant entre lunes et soleils Clandestins, milice de Beausoleil Cœurs vengeurs, mains-fortes de la nation Hors-la-loi de Port-Royal, le dernier bastion La brise saline s’entremêle aux effluves du sang Le ravage rampe dans nos champs Notre labeur à feu et à sang Nos razzias font foi de notre bile cruelle Contre Lawrence et sa harde criminelle Notre nation déchirée à grands coups d’exil Espérant sur leurs voiles les flammes Toiles qui halent vers l’enfer nos familles, nos femmes Que les goddams finissent en abouette à maquereau! Cul par-dessus tête dans la froideur des eaux! Comme quand le Pembroke remonta le St-Jean Avec à bord moult familles de brave gens Rebels armés de leurs os et leur chair Pour prendre en otage un bâtiment solitaire Naviguant entre lunes et soleils Clandestins, milice de Beausoleil Le Union Jack brûlant comme un flambeau Sur le mât des navires royaux La brise saline s’entremêle aux effluves du sang -J. Larché, 2024
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
Instrumental
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
Aymez-vous d'un Echo la babillarde voix? Ici peut un Echo répondre trente-fois. Car lors que du Canon le tonnerre y bourdonne Trente-fois alentour le méme coup resonne, Et semble au tremblement que Megere à l'envers Soit préte d'écrouler tout ce grand Univers. Allez donques, vogués, ô troupe genereuse Qui avez surmonté d'une ame courageuse Et des vents & des flots les horribles fureurs Et de maintes saisons les cruelles rigueurs, Et de maintes saisons les cruelles rigueurs, Pour conserver ici de la Françoise gloire Parmi tant de hazars l'honorable memoire. Bref, contre l'ennemi voulez-vous estre fort? Ce lieu rien que du Ciel ne redoute l'effort. Du Pont dont la vertu vole jusques aux cieux Pour avoir sceu domter d'un coeur audacieux En ces difficultés mille maux, mille peines, Qui pouvoient souz le faix accraventer tes veines, Ayant esté ici laissé pour conducteur A ceux-là qui poussez d'une pareille ardeur Neptune, si jamais tu as favorisé Ceux qui dessus tes eaux leurs vies ont usé; Vray Neptune, fay nous chacun où il desire A bon port arriver, afin que ton Empire Soit par-deça connu en maintes regions, Et bien-tot frequenté de toutes nations. -Les Muses de la Nouvelle-France, Marc Lescarbot, 25 Août 1606
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026