Le tyran et l'esthète
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Nous pensions acquise et gravée dans le marbre Le prix du sacrifice et un trésor fertile La victoire si chère et pourtant si fragile Mais rêvant dans les cieux, allongés sous les arbres Nous, conquérants d'hier, contemplatifs séniles Détournâmes les yeux sans penser au péril Dans le cœur de chacun sommeillait l'adversaire Loin des pures passions et des glorieux satyres Y subsistait un creux où croissait le désir Il surgit des rougeurs d'un matin ordinaire Hybris, fils de l'enniu, destructeur des empires En chef des philistins, des égos le vampire L'un de nos citoyens mais d'une autre substance Femmes, hommes, enfants, de mensonge en promesse Il les mit au travail pour sa propre richesse Sous le joug corrupteur de l'âpre concurrence Nous voyions chavirer nos amants, nos maîtresses Aussi tînmes conseil en notre forteresse Sur un char chatoyant l'enfant-reine apparut Son nébuleux vortex de fauves rédempteurs Crevant l'escape-temps, vaporisant nos pleurs Comme à l'épique époque aux échos disparus Devant notre assemblée, Iris, dans sa splendeur Demanda qu'on amène en ces murs l'imposteur
Submitted by SerpentEve — Jun 16, 2026
Ciel! Il me paraît que s'annonce La génération qui bourgeonne Pareille au vent de la semonce Avant l'orage des hormones Elle a ratissé la cité Pour en extraire des enfers L'injustement plébiscité Marchand de mort, roi des affaires Voilà ce corps de la Jeunesse Traînant le captif à ses pieds Docile, comme un chien en laisse De pitance et d'orgueil gonflé Enfin je puis me délecter Des certitudes chancelantes Du festin de vos yeux qui mentent De vos sourires paniqués! Toi, beau parleur, à serpenter Dans les abysses de la loi Ouvres les caisses que nettoient Par tous les fonds tes grandgousiers! Tous les trésors de vos cités Vos idoles seront à vendre Temples et reliques bradés Et le reste, réduit en cendres! Toi, dans la vase assermenté Par la pieuvre de l'avarice Par la finance intronisé S'effondre ici ton édifice! Mais! Le ciel est comme à l'aurore Nos ombres dansent, semblent fondre Dans un air âcre, épais et sombre Les flammes font rage au dehors! La douleur chante dans nos rues Quand s'est soustrait le prévenu À mon armée, dans la débâcle Il me faut consulter l'Oracle
Submitted by SerpentEve — Jun 16, 2026
Les os percent la peau et le printemps: Gaïa Accouchant de la neige animaux et chimères Errant, je me souviens: ici de mille guerres Le sang a abreuvé la steppe et la taïga Le sucre des sommets léché par Boréa La cime mise à nu de tous les conifères Rappellent à nouveau des rondes printanières De nymphes distillant lymphes et placentas Moi, ivre de fraîcheur, qui allonge le pas Pour pénétrer le cœur, bastion de l'hiver De ce sacre augural aux parfums prépubères Danse pour mon oracle à l'aube du trépas
Submitted by SerpentEve — Jun 16, 2026
Entendez notre chant, esprits de la rancœur Fœtus inopportuns, larves non abouties Asphyxiés, cabossés, tas de chair rabougrie Bouillasse d'hôpital, jus dans l'aspirateur Toi aussi, le mort-né, le siamois mal loti Apprenez qu'il existe un bien plus grand malheur Naître déjà vendu, encor plus mal acquis Apatride, émigré, orphelines gamètes De la bourse chétive au bébé-éprouvette Fermenté en un corps dans un vague pays La mort règne en ce monde et puisque tout s'achète Contrairеment à nous, vos vies avaient un prix! Ça еt là, rejetons en manque d'innocence Entendez notre chant! Jaillissez de la terre! Aux amours avortées par la faim et la guerre Aux amants décharnés qui rejoignent la danse Des fossés de l'histoire, anonyme tanière De la bête en sommeil: l'heure est à la vengeance! Armée de nerfs et d'os tressés comme des lianes Et injectée de glaise à travers l'ombilic Homoncules lissés d'acide tellurique Troupe qui se délite, éphémères arcanes Ha! Debout, tas de boue! Allons jouer de nos triques Pour imprimer nos noms sur les culs et les crânes!
Submitted by SerpentEve — Jun 16, 2026
Plaie de plèbe! Affreux flot! Chère chair à rien faire! Que connus dressée en cent légions mortifères Souviens-toi nos exploits, nos chevauchées sans fin Dans l'orgie sublimées du soir jusqu'au matin! D'entre vous les plus vieux et tous ceux, toutes celles Qui jadis portaient haut nos couleurs, se rappellent Les peines endurées à bâtir cette école Qui fit de chaquе larve une noble luciolе Et la beauté des corps exaltée pour ne voir Que dans l'homme ou la femme une idole d'ivoire De cette belle armée, soldats de tous les âges Vainqueurs sur tous les fronts, entrez dans le sillage! Aux autres qui jamais n'ont goûté la morsure De la guerre et la rêvent comme une aventure Héritiers de la paix, ingrats dés le berceau Si la poudre a manqué vous en aurez tantôt! Sous tes soleils glorieux ont séché mes sanglots A brillé ma sueur teintant d'or cette peau De mon être envoûté tu bandais chaque fibre Aujourd'hui, il est vrai, suis médiocre mais libre! Goutte dans une eau pure où se baignent les dieux Ou reflet de Narcisse, ici, faites vos jeux Embrassez le destin parés comme des Dames Ce soir, c'est le grand bal des flèches et des lames!
Submitted by SerpentEve — Jun 16, 2026
D'une nuit longue ils se réveillent À quatre branches suspendus Et on ne les reconnaît plus Nos doigts, nos griffes, nos orteils Nos vieilles mains pleines de plis Plus bonnes qu'à lever les verres Notre front, brûlé par l'hiver Se rêvant de lauriers serti Et ce tronc dont l'écorce épaisse Ètreint, pétrifié de sagesse Un cœur qui ne veut plus se battre Craque dans un ultime cri Pour se gorger de la colère Ce puits qui jamais ne tarit
Submitted by SerpentEve — Jun 16, 2026
Ma nuée, mon essaim, dard au soleil! Tend l'épée, crève le sein et délaye Sur l'enfant, cramponné à pleines dents Dans sa mère, un lait allongé de sang Que ton glaive cruel rende céans Comme un glaire de chair, lequel se fraye Un chemin entre les doigts et orteils De ceux qui nagent en ce charnier béant! Voyez monter dans les vapeurs vermeilles Ces esquilles aux étoiles pareilles! Il est un cycle infernal dans le temps Lubie, hysterie, retour au néant J'ai rêvé, j'ai crée, j'ai décroché Cette ultime victoire sur moi-même À son égale hauteur décoché La flèche crevant leur être suprême! Et l'orgueil qui les meut prend tout son sens Quand à leurs câbles d'acier se balancent Comme l'épeire en sa toile d'argent Les faiseurs de ces faubourgs de ciment Bastion de béton, ô Saint des Saints Du marché de Satan, draine tes ouailles! Quand seras repu à pleines entrailles D'une couronne de feu seras ceint!
Submitted by SerpentEve — Jun 16, 2026
L'avenue de ma vie s'étend, pavée de tombes Cette anguille alanguie de lune illuminée Monstre de contorsion qui d'un lointain passé Serpente sans fin de gloire en hécatombe Volupté de l'orage! Monde qui fait naufrage! Depuis la nuit des temps notre place attendait Par-delà le ravin, au céleste banquet Camarades, pour nous la mort vient à la nage! Ainsi nous resterons victorieux à jamais
Submitted by SerpentEve — Jun 16, 2026