FT-17
Album • 2018
Landrecourt, région fortifiée de Verdun, 4 mai 1916, Verdun ! En ce lieu symbolique qui vit les petits-fils de Charlemagne se partager l'empire se déroule une lutte sans merci entre les deux pays héritiers de l'illustre carolingien. Je me souviens encore du déclenchement de l'offensive allemande le 21 février dernier. Nous avions senti la terre trembler jusqu'au chemin des Dames où nous nous trouvions. Chacun avait alors pressenti q'un événement terrible était en cours. Et maintenant c'est à notre tour de défendre ce symbole. Les visages sont graves, même ceux des vétérans de la Marne. Un étrange mélange de crainte et d'humilité nous empreint. La simple évocation de Vaux, de Douaumont, du Mort-Homme, de la côte 304 ou de la ferme de Thiaumont imposent le respect. C'est à Vaux justement que nous serons en première ligne demain. J'essaie de me composer une mine sereine en façade pour rassurer les gars de mon bataillon, mais je dois bien avouer que je n'en mène pas large. Alors je m'occupe l'esprit en écrivant des lettres devant un panorama surréaliste : Le ciel rempli d'aéroplanes et de saucisses d'observation, la route où serpente un convoi de ravitaillement sans fin, la voie ferrée qui déverse des montagnes d'obus et un pays rempli de fantômes en uniforme. Demain, nous rentrerons dans l'histoire...
Submitted by johnmansley — Apr 26, 2025
Le crépuscule tombe sur la Meuse Et sur cette route tortueuse La colonne monte en silence. On croise des silhouettes inhumaines De gars qui en reviennent Comme vidés de leur substance. Sous les étoiles tragédiennes Des attelages d'artillerie qui peinent Dans un fracas nous dépassent. Et le régiment continue De fatigue et de soif perclus En ressassant ses angoisses. L'horizon crépite sous le froid vent du sud qui étouffe les bruits des combats et accable un peu plus les hommes. Sur le plateau, l'orage industriel fait luire les nuages sous l'oeil goguenard de la lune qui nous expose plus qu'elle n'éclaire. On marche toujours dépassant des cuisines roulantes, dépassés par des camions exténués. Mais voici le boyau, point de départ du labyrinthe qui vient : Colonne par un ! 155 qui déchirent l'air Fin du boyau maintenant que faire ? Le moral des gars déjà s'étiole On sort les cartes et la boussole Là en avant ! Ce monticule ! Les cris d'acier qui nous stimulent Course effrénée irréfrénée. Dans cette immense désolation Les cadavres en décomposition Souillent la moindre flaque d'eau Soudain le ciel s'illumine Tirs de barrage qui fulminent On court encore sauver notre peau. Et dans la lumière De l'aube qui s'était levée Un monceau de pierre Le fort de Vaux s'est dessiné Et ce lopin de terre, Sera notre coin de guerre... maintenant.
Submitted by Finntroll — Apr 26, 2025
Heureux ceux qui verront luire l'aube du 8 mai. Recroquevillés dans leurs terriers Creusés en hâte dans le flanc des tranchées Ils attendent. écrasés de sommeil, abrutis par les bombes Ils attendent la mort dans ces tombes qu'ils défendent. Torrents de fumée, arbres déchirés Hurlant à la mort, les gaz reviennent. Masque sur le nez, dans leur niche collés Laissant passer l'orage, les gars tiennent. Nuées d'obus qui le ciel fendent Les batteries allemandes Se déchaînent. Orage de feu interminable éclats abominables Qui s'enchaînent. Dans notre bulle, la soif nous brûle, L'impuissance nous étreint, nous empreint, Et les heures passent dans cette angoisse La mort m'attendra... pour cette fois. Au terme de cette journée funeste, Les boches préparent un assaut imminent. Au fort de Tavannes, pilonné par des 420, Le commandant a été tué dans l'explosion du magasin de grenades. Il va falloir aller chercher les renforts au tunnel...
Submitted by Grave666 — Apr 26, 2025
Des tranchées de Vaux jusqu'au tunnel de Tavannes Une course effrénée, trompe la mort à chaque instant Deux bornes à défier la faucheuse qui ricane Bruyamment. Quittant les boyaux pour sauter dans les cratères A chaque obus qui tombe, je m'écrase et serre les dents Priant quelques secondes pour que là il ne m'enterre En explosant. Là un rien t'achève, Ici c'est cours ou crève. Des tas de cadavres gisent dans les frontières Qui pourrissent ici depuis on ne sait quand Le secteur entier est un immense cimetière, Déchirant. Les accalmies sont brèves, Ici c'est cours ou crève. Soudain, à demi-enterré par les tirs incessants, L'entrée du tunnel se profile au fond d'un ravin encaissé, gueule béante de quelque pitoyable chimère. Manquant de tomber sur la pente crevée par les cratères, enjambant les cadavres, j'arrive enfin là où s'abrite la misère. Dans le tunnel de Tavannes Suspendus hors du temps Errent des fantômes diaphanes Inquiétants. Dans cet abri illusoire Pilonné par les allemands On peut à peine se mouvoir Prudemment. Et ça sent la sueur et la merde Ca pue l'éther et le sang Et autres effluves fétides qui se perdent (En passant.) Il y a le toit qui vibre sous les bombardements Qui peut bien s'écrouler à n'importe quel moment Mais la misère sous sa voûte s'en fiche maintenant. Il y a des gars qui crèvent à côté des obus Des munitions qui traînent dans des caisses suspendues Au milieu de types qui fument insouciants. Il y a de l'eau qui ruisselle sur les câbles électriques Qui tranchent l'obscurité d'une lumière colérique Et dans ce cloaque je m'écroule inconscient.
Submitted by BloodShrine — Apr 26, 2025
Haudainville, 15 mai 1916 Le soleil de mai éclaire les bords de Meuse, mais ici personne ne profite de ses deux jours de repos. Le bataillon est éparpillé dans un parc au beau milieu d'un village fantôme que ses habitants ont fui depuis belle lurette. Les gars sont exténués, ceux qui ne sont pas blessés sont terrassés par la fièvre et la dysenterie. Certains sirotent leur café le regard dans le vague, d'autres sombrent dans un sommeil agité, quelques uns écrivent des lettres presque machinalement. On dirait des automates, c'est comme si leur âme était restée aux abords du fort de Vaux. Et dès ce soir retour au front pour garder les tranchées à la ferme de Thiaumont... Pour ma part, le front attendra puisque je viens d'être provisoirement affecté à la 5ème D.I. pour l'assaut qu'elle va mener visant à reprendre le fort de Douaumont. Après avoir subi impuissant les bombardements allemands, j'avoue encore préférer l'attaque, aussi risquée soit-elle. Espérons qu'elle soit couronnée de succès...
Submitted by Celtic Frost — Apr 26, 2025
Sur des caisses de munitions En guise de table de réunion Le commandant nous expose Ce qui sur le bataillon repose Pour l'assaut imminent Objectif éminent. Plan d'attaque coordonnée C'est la pièce du boucher A l'assaut nous marcherons Pour reprendre Douaumont. De la fausse côte à la Morchée Division alignée Prête pour un fameux dessein Le projet de Mangin. Notre rôle sera décisif A la gauche du dispositif La Morchée reprendrons L'ouest du fort sécuriserons Dès la fin des tirs d'artillerie Le 22 à midi. Plan d'attaque recomposé C'est la pièce du boucher Avec une seule division Pour reprendre Douaumont. Voltigeurs et grenadiers Sapeurs et fusilleurs S'élanceront bravement Déloger les allemands. La 5ème D.I. qui m'entourait connaissait le terrain. Cette expertise et leur détermination serait à coup sûr décisifs dans la bataille qui s'annonçait. Mais serions-nous assez nombreux pour l'emporter ? Plan d'attaque coordonnée C'est la pièce du boucher A l'assaut nous marcherons Pour reprendre Douaumont. D'Hauteville à la Morchée Division alignée Prête pour un funeste dessein Le projet de Mangin. Cet assaut d'ampleur Ce grand coup d'épée Semblait prometteur Là sur le papier.
Submitted by Celtic Frost — Apr 26, 2025
Par une triste ironie du sort Nous allons relever le Terrible. Avant de libérer le fort, On marche en ces lieux indicibles, Perdus dans ce décor On avance vers la mort. On traverse des masses de décombres Fossés ruinés remplis de cadavres On aperçoit enfin des ombres Sortant de trous, bien précaires havres, Ils font un ultime effort : Accueillir ce renfort. Les obus pleuvent, duel d'artillerie La mort active sa machinerie Un souffle court, une explosion La terre qui tremble, la confusion Ca vient de chez nous, sonnez l'alerte ! Fusées vertes ! Les parallèles déjà comblées Qu'il va falloir encore creuser Pour les sapeurs, travaux d'Hercule Il faut faire vite, on se bouscule Une masse noire à l'horizon Nous toise de haut c'est Douaumont. Les boches sont à quelques mètres Terrés dans nos anciennes tranchées Qu'on doit maintenant réattaquer. A zéro sur leur trouillomètre Eux aussi dans le pétrin On verra bien demain...
Submitted by Celtic Frost — Apr 26, 2025
Attaque! Sur la détente le doigt crispé Progression confuse. Partout on entend Les mitrailleuses crépiter Et les balles qui fusent. Déjà on tombe Le sang abreuve les fossés. Une hécatombe Pour reprendre une seule tranchée. Grenades ! Enfin l'ennemi est repoussé Des dizaines se rendent. Là-bas Dans la poussière et la fumée Les batteries allemandes. Alors on charge Encore une fois machinalement. Ici au large Vers l'objectif difficilement. Avec des troupes éprouvées L'encadrement décapité Après des heures nous débouchons. Ce panorama ravagé La contrescarpe et les fossés C'est le coin nord de Douaumont.
Submitted by Sexy Gargoyle — Apr 26, 2025
Lutte acharnée à l'ouest du fort Les mitrailles en enfilade nous écharpent On vient poursuivre la lutte à mort De ce coté de la contrescarpe. Une grêle de projectiles Un orage de feu L'escouade mutilent D'un vent vigoureux. On n'est pas cinquante Tu parles d'un renfort Sur la terre sanglante On marche sur les morts. Ici ou là les gars s'accrochent On contrôle presque la superstructure Un peu plus bas se terrent les boches Bien à l'abri derrière les murs. Un feu nourri Nous cloue au sol Nous abrutit Et nous désole. Et les sapeurs Creusent avec ardeur. Quelques tranchées Improvisées. En équilibre au point de rupture Dans les deux camps les hommes combattent Des dizaines tombent pour la capture D'une position ou d'une casemate. Minenwerfers. Qui nous pilonent Dans cette horreur Nous emprisonnent. Impitoyable opposition On tient quand même nos positions. Sur le toit de ce monde on lutte avec ardeur On a faim, on a soif, on oublie d'avoir peur Les contre-attaques ennemies une à une se brisent Mais les chances de succès peu à peu s'amenuisent. Après des heures d'efforts pour pouvoir conserver Ce cercueil de béton qu'on essaie de forcer On envoie des grenades, on tire sans s'arrêter Et partout s'amoncellent les morts et les blessés.
Submitted by Iron_Wraith — Apr 26, 2025
Les heures passent sur le fort et les combats acharnés Privés de tout renfort on tire sans discontinuer Ici on crève dans l'entonnoir Avec le temps l'abnégation remplace l'espoir. Au fond d'un trou putride on repousse vague après vague De moins en moins lucides comme les boches que l'on alpague On meurt ensemble, on serre les rangs Les balles nous manquent on est bien plus morts que vivants. La soif nous brûle, la faim nous ronge La dysenterie notre mal prolonge Point de répit dans ces enchères Point de survie dans cet enfer. On pille les corps pour subsister On perd encore l'humanité On peut mourir à chaque seconde Ou bien pourrir si loin du monde. Depuis des heures maintenant l'assaut est agonisant Noyé sur la structure par une pluie de tirs fusants Dans cet orage on sert les dents Et on crache nos poumons sous les gaz irritants. On n'est plus qu'une poignée, quelques rares survivants Un unique officier, trois caporaux deux sergents On lutte encore dans abattoir Allant puiser dans l'énergie du désespoir On est maintenant presque encerclés Les boches nous pressent de trois côtés Dans ce saillant, cibles faciles Même si vaillants on est fragiles. Après deux jours et une nuit Pas d'autre choix que le repli On y consent sans l'avaler On redescend désemparés. En traînant les blessés, on se replie la mort dans l'âme En laissant derrière nous nos tranchées, nos trous infâmes Les jambes nous lâchent, On n'en peut plus La volonté seule laisse entrevoir le salut. On traîne notre misère sur la distance qui sépare La carapace du fort de notre point de départ On pleure de rage, On pisse le sang L'assaut se clôt sur un échec retentissant. Après deux jours d'un combat âpre et sans merci et 75% des pertes, retour au point de départ. On enrage, on se désole, on résigne. Et dans un pré de Landrecourt On vit passer au petit jour La lente procession des revenants de l'enfer Enfin c'était la fin de leur misère Alors dès la roulante ils s'écroulent. D'étranges silhouettes de boue hagardes Se dirigent comme par mégarde Par groupes de trois ou quatre en train de s'entraider Traînards qui pouvaient à peine se traîner Verdun à jamais les avait marqués.
Submitted by Celtic Frost — Apr 26, 2025
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