Dernière salve
(<em>Instrumental</em>)
Submitted by The Void — Jun 21, 2026
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Je ne fu nez fors pour tout mal avoir Et soustenir les assaulz de Fortune. Qu'est ce de bien ? Je ne le puis savoir, N'oncques n'en eus ne n'ay joie nesune. Je fusse mieulx tout mort cent fois contre une Que de vivre si doulereusement. Ce que je vueil ne vient tout autrement, Car Fortune a pieça ma mort juree. Il me desplaist de ma longue duree Ne je n'ay plus de vivre grant envie, Mais me murtrit douleur desmesuree Quant je ne voy ma doulce dame en vie. J'ay perdu cuer, sentement et savoir. Plourer a part, c'est mon oeuvre commune. Plains et regrez sont mon plus riche avoir, Ne je ne compte en ce monde une prune. Tout m'ennuye, ciel et soleil et lune, Et quanqui est dessoulz le firmament. Je desire le jour du jugement Quant ma joie est sous la tombe emmuree Et que la mort m'est rude et aduree Qui m'a tolu celle que j'ai servie, Dont j'ay depuis longue peine enduree, Quant je ne voy ma doulce dame en vie. Je n'attens rien que la mort recevoir. Mon cuer a pris a ma vie rancune. La mort en fait lachement son devoir Quant el n'occit et chascun et chascune, Sans espargnier ne beauté ne pecune. Mais, malgré tout lour efforceëment, Je la requier craignant duel et torment Et elle soit par rigueur conjuree. Elas ! pourquoy m'a elle procuree Mort a demy sans l'avoir assouvie ? Vie en langueur, telle est ma destinee, Quant je ne voy ma doulce dame en vie. Alain CHARTIER (1385-1433)
Submitted by The Void — Jun 21, 2026
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Triste plaisir et douloureuse joye, Aspre doulceur, desconfort ennuieux, Ris en plorant, souvenir oublieux M'acompaignent, combien que seul je soye. Embuchié sont, affin qu'on ne les voye Dedans mon cueur, en l'ombre de mes yeux. Triste plaisir et amoureuse joye ! C'est mon trésor, ma part et ma monoyé ; De quoy Dangier est sur moy envieux Bien le sera s'il me voit avoir mieulx Quant il a deuil de ce qu'Amour m'envoye. Triste plaisir et douloureuse joye. Alain CHARTIER (1385-1433)
Submitted by The Void — Jun 21, 2026
Je suis comme le roi d'un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux, Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes, S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes. Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade Ne distrait plus le front de ce cruel malade; Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau, Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau, Ne savent plus trouver d'impudique toilette Pour tirer un souris de ce jeune squelette. Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu De son être extirper l'élément corrompu, Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent, Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent, II n'a su réchauffer ce cadavre hébété Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé. C. Baudelaire
Submitted by The Void — Jun 21, 2026
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Se de douloureux sentement Sont tous mes dis, n'est pas merveille, Car ne peut avoir pensement Joyeux, cuer qui en dueil traveille. Car, se je dors ou se je veille, Si suis je en tristour a toute heure, Si est fort que joye recueille Cuer qui en tel tristour demeure. Noublier ne puis nullement La trés grant douleur non pareille. Qui mon cuer livre a tel tourment, Que souvent me met a l'oreille Grief desespoir, qui me conseille Que tost je m'occie et accueure; Si est fort que joye recueille Cuer qui en tel tristour demeure. Si ne pourroye doulcement Faire dis; car, vueille ou ne vueille, M'estuet complaindre trop griefment Le mal, dont fault que je me dueille; Dont souvent tremble comme fueille, Par la douleur qui me cueurt seure. Si est fort que joye recueille Cuer qui en tel tristour demeure. C. de Pisan, Les Cent ballades (1394-1399)
Submitted by The Void — Jun 21, 2026