Toutes blessent, la dernière tue
Dans la très sainte égalité Se gravissent les degrés dorés De sociétés aux fondements viciés Où trônent à leur fait des élites abhorrées: Le rejet de la verticalité Redessine un horizon bétonné Où s'étalent les interdits, les rancoeurs Sous les yeux froids des contempteurs Leurs voir crissent d'insultes jetées au vent Raclent les peurs dans les coeurs fuyants Tuеnt les libertés, les fiеrtés d'antan Tuent l'âme humaine en volant son temps En hurlant à l'unité Ils divisent la réalité Chacun seul contre tous Et tous convaincus de leur seule vérité Tous leurs desseins dévoyés Lavés de doubles volontés Sont des routes de noirceur Déviant l'homme et le perdant dans ses plus sombres erreurs A l'orée Résonne la mélopée L'air se jouant du temps et du vent glacé Danse l'orge dans les champs mordorés Les sentiers abandonnés Sont veines de terres navrées Du sang des vignes asséchées Pauvreté Tu drapes l'âme fière Dans les pierres solitaires Sourde au cuivre des clochers Les masses de nuages noirs Tombent un soir de colère Leurs profonds désespoirs Viennent marteler la terre Les masses de nuages noirs Creusent des sillons vermeils Leurs profonds désespoirs Ravagent leurs âme amères L'orage de la mémoire Les flancs battus de corneilles Foudroyants les mouroirs Verse des puits de lumière Les masses de nuages noirs Emportent les étendards, les réveries, les injures S'octroitent les pires libertés Abattent insensées tout les murs Gravissent les degrés de l'impur Gravent leurs décrets dans l'azur
Submitted by NecroLord — Jun 23, 2026
Les réverbères percent les rêves Sous les draps de sueur glacée Trouble est le souffle qui se lève Tremblent les mains ruinées Serrées sur le quart du vice Les mains se crispent sous le mal S’y mire un vide noir et lisse De sombres vapeurs s’en exhalent Madelon, ah, verse donc à boirе Étanche ces veinеs épuisées Tant déclamée fut ta grande gloire J’en ai la gorge serrée Larmes et liqueurs chaque soir Me noient, sans voix, sans espoir Les réverbères bercent de langueurs Les brumes transperçant la moelle Les pavés battus s’auréolent Sous leurs lueurs spectrales Et la vague bleue monte le col Sans un mot et pâle Vers la sonnerie qui enrôle Et se termine dans un râle Madelon, c’est pour tes beaux yeux Que j’allais au corps à corps Ces corps qui ne seront jamais vieux J’les vois la nuit, le jour, et encore Je ne crois plus en tes vœux pieux Mais je te prie d’honorer tes morts Des ruines aux usines survivent nos haines Nos victoires ont changé nos chaînes Libérez-nous de nos peines La lumière se fait vespérale Chargée de la poussière Nimbant d’or les bleus sales Ombres lasses et altières Tant de bruit et de fureur Et ces rires en fond Dans les rues du bonheur Où chacun vend son nom La musique cadence des airs groggy Sous les lumières abrutissantes Les regards se détournent, les visages ferment Dans la foule virevoltante Les crieurs de rue sèment des graines de noirceur Dans l’étendue blême d’anonymes laideurs La course aux scandales épuise les unes en capitales Les gabegies se succèdent en lignées dites honorables ! La nuit titube et tombe sur le pas de sa porte Les étoiles ne peuvent remplacer l’âtre, cet astre de cendres mortes Pourquoi fuir des yeux, prier le miséricordieux Et plaindre en société tous ces blés fauchés Sous ces faux d’usuriers, et s’en remettre par Dieu Aux promesses intéressées d’un paradis en ces lieux On souscrit pour les morts sur l’oubli des vivants…
Submitted by NecroLord — Jun 23, 2026
Je bâtis pierre à pierre un monde dont je suis le roi L’empereur, le juge, le premier soldat Et j’arracherai chaque ronce qui se dresse devant moi Que celle-ci donne des fleurs ne m’intéresse pas S’il le faut, du haut de mon beffroi J’abattrai même le levant qui jette l’ombre sur moi Dans ma galerie des glaces J’ai mis à l’œuvre les plus grands miroitiers Afin que ma silhouette jamais ne s’efface L’idée de l’oublier m’angoisse Je suis mon propre roi Et bien que dénué de sujets Sur tous les murs sont placardés des décrets Des rappels à cette loi Le droit c’est moi La raison c’est encore moi La vérité c’est toujours moi Dans ma galerie des glaces J’ai usé les plus beaux pinceaux Pour relater mes exploits Aucune défaite, que des victoires Mes échecs n’en sont pas, puisque j’écris l’Histoire En quelques beaux tableaux, un traumatisme Devient acte d’héroïsme Et ma plume inspirée voit se muer, sur des milliers de pages Le fragile en une force, la lâcheté en courage Dans ma galerie des glaces Toujours plus fort sonnent chœurs et violons Afin d’étouffer l’horrible question Qui monte à ma terrasse : A quoi bon être roi Quand tout le monde l’est déjà ?
Submitted by NecroLord — Jun 23, 2026
Je ne reconnais plus ces murs Où s'agitent les ombres d'inconnus Les digues du présent se fissurent Dans ce labyrinthe sans issue Où sont passés tous mes biens Maison, amis, hier, demain ? Je sais que c'n'est peut-être rien Dites-moi ou suis-je, voulez-vous bien ? Où sont-elles donc ces ames fidèles M’ayant promis chacune milles veilles Les rêves au réel maintenant se melent Le merveilleux se tache de vermeil Suis-je dans la plaine des Asphodèles Sans aide pour regagner le ciel ? Pourquoi ce mutisme des défunts Dont pas un daigne me prendre la main ? Six mois d’hiver ou l’etre frisonne Tout ça pour six minutes impatientes ? Tout ce dédale n’est qu’une salle d’attente Où jour après jour se meure Perséphone Que n’aurais-je souhaité voir Orphée Au coeur de la nuit me chantant le jour Qu'il échoue donc à me sauver Mais qu’il me condamne par amour Regarde-moi, regarde-moi, toi qui passes et m’ignores Rappelle-moi qui je suis, qui tu es dans ce monde Reviens moi, souviens-toi, ne me laisse pas dehors Tel Narcisse je fuis l’inconnu de l’onde A tous les absents ici présents Quels sont vos noms, quels sont vos liens, vos âges ? Le fil de ma vie se déroule sous mes yeux Une main fine m’en montre les chemins La clarté fugace d’un moment serein Révèle la nuit qui s’installe en moi La bete se tapit dans mon ombre Elle se nourrit de tous mes oublis et de qui je suis Jusqu’à mon nom Chaque minute est éternelle Et son frèle ego tinte aussitôt dans les longs sanglots D’un père qui appelle Soudain la caresse d’une brise L’obole versée de mes souvenirs m’a fait traverser La lumière du Léthé
Submitted by NecroLord — Jun 23, 2026
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Les adieux sur les rives Et les pistes de poussière Les traces s’évanouissent Une larme à la mer Aller, rêver, être Dans l’inconnu, renaître Du ciel devenir roi Être seul face à soi Les dunes blondes drapent de nuit Ceux qui s’endorment dans leurs plis La lune se mire dans les eaux noires Là où les glaces prennent ceux qui s’égarent L’orage se joue des ailes de papier S’échouant brisées sur les sommets Nous avons affronté seuls les tempêtes d’antan Nos carnets effacés sur les récifs du temps Les lettres tant espérées dispersées aux grands vents Nous avons payé à l’éternité plus que le prix du sang La solitude de l’immensité Les pertes d’amis tant regrettés Nos épaves toujours abîmées Toutes nos gloires affligées L’attente sans fin de l’être aimé L’enfant qu’on ne put élever
Submitted by NecroLord — Jun 23, 2026
Né à la mort de mon père Tué pour l’Aigle sur la plaine J’ai appris des silences de ma mère La pudeur qu’impose la peine J’ai vu les rentiers anoblis Rentrer de par les champs déserts Où nous allions jouer entre amis Les grandes batailles de naguère De grands yeux me sauvèrent Des peurs d’enfant, du temps De ces rues pleines dе colère Couronnée de blés trеssés Elle riait sous l’averse d’été De mes promesses d’éternité Qu’elle était belle sous les lys L’on entendit les noces Célébrées des canons de Paris Prendre sur les ruines de sa nation Chaque nouvelle pierre des fondations Bâtir son foyer de ses mains Pour sa famille de demain Ni invention, ni révolution Ne l’emporta sur la transmission de mon nom Le monde pouvait grandir, gronder, gémir Pour les miens j’allais devoir vivre, me battre, libre de choisir J’ai tant prié sous les étoiles Que jamais nos joies ne s’éteignent Devant ton visage si pâle Il n’y a pas un cœur qui ne saigne Ton départ soudain fut le voile Qui vint assombrir ce règne Perdu dans les fièvres du mal Que tous les rois faibles craignent Toujours les mêmes vols d’étourneaux Ne laissant plus que des poussières De ce qu’ont semé les travaux De nos myriades de journalières Ils changent de ton selon les classes Vous sifflent en chantant l’air national Pour toujours le même plumage de voraces Pillant ensemble Commune et Versailles Tant de Noëls passés A rêver de se retrouver Sous l’empire des souvenirs Bien trop voir l’avenir Les ombres des hommes trop portées Nous dirigent vers l’obscurité Où seule votre lumière brille Ma mère, ma tendre, mes fils et filles J’entends les aigles haranguer Au plaisir des sansonnets Cent ans comptés que je suis né Puisse la paix tous nous emporter
Submitted by NecroLord — Jun 23, 2026
Je vois dans vos yeux le deuil d’un autre Écho de mon glas sous les chœurs de patenôtres La robe blanche d’été disparaît dans ma nuit Ce voile noir qui me toise, ces jours dits qui me fuient Tout tourne et s’efface, vos sourires, vos pleurs Et je crains, hélas, que sonne la dernière heure Le rideau se referme, cette nef sombre Lеs applaudissements mettеnt un terme au théâtre d’ombres Ces ombres des vaincus qui me suivent Cortège lunaire descendu de l’éther N’ayant pu être ni Christian ni Molière L’oubli m’attendrait-il sur l’autre rive ? Roxanne, Raguenau, Lignière, Le Bret ? Où êtes-vous mes cadets ? Un à un, enlevés ! Le fifre s’est tu … Le pâtre, disparu Dans l’horizon blême les salves vous saluent Ces mains tremblent sur l’adieu de papier Les yeux troublés autant que le cœur serré Larme et sang dans la voix qui s’égare ... Où es-tu Camarde ? Il se fait tard … Et pourtant je m’élève contre l’odieux de cette scène Pour toute gloire, n’aurais-je donc que cette peine ? J’ai tué d’une touche l’amour du paraître Quoi que mourant un peu plus à chaque lettre Je suis cette écharpe maculée de terre Une cible agitée au mépris de l’ennemi Dont la foudre rageuse cherche à taire mon rire Ce tonnerre qui le moque autant qu’il le ruine Et je me bats, je me bats, je fends ombres et silences Les regrets, les remords, et les pénitences Quoi, la Mort suivrait mes pas ? Appréciez son respect de la préséance Servir intrigants, profiteurs, médisants et menteurs Les escrocs vils de la scène à profits Ces âmes noires serviles en votre sein nourries Vous dépouillant de vos plus belles heures ? Non merci, non merci Ne plus se mesurer aux fers du Ciel Que l’on croise en vain d’un air vif et amène A cent contre un ! En pieds de vers et pas de duels Le geste affûté, incisif, approchez, j’assène ! Ici gisent en terre Toutes les hontes D’un calice amer à la lie infinie Ces chœurs de vanité Qui puissamment montent Réduits au silence D’une rime choisie
Submitted by NecroLord — Jun 23, 2026
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